(cliquez sur les photos pour les agrandir. Merci)
La saison n'est pas terminée, et l'automne arrive à petits pas et avec lui les conditions d'aérologies qui vont se calmer . L'occasion de cette arrière saison pour tenter des vols que j'évite de faire en pleine saison des mois d'été où c'est atomique.
Je me disais d'aller à St André début octobre pour me familiariser à nouveau aux reliefs dans des conditions météo qui me conviendraient. Je choisis en priorité de voler sans vent modéré ou presque pas. En ce 6 septembre, je prends la météo du 7 et vois qu'une fenêtre pourrait s'ouvrir avec moins de 10 km/h de sud / sud ouest passant ouest en soirée, seul ombre au tableau , pas de cums et des plafs corrects mais pas forcément très généreux.
C'est décidé , Bruno et Philippe me contactent et me demandent quoi faire, Patrice et les autres copains sont déjà sur St André, et tous me convainquent de venir. Donc, je me mets déjà mentalement en action sur place. Rdv pris et covoiturage pour arriver à 11h , pour monter en taxi .
11h45 Patrice,William et Sébastien sont au sud depuis longtemps, mais sans succès de décoller tôt, les conditions semblent inerte, et personne en l'air. Avec Bruno et Philippe on se décide pour monter à l'ouest. Incroyable, à notre arrivée il y a à peine une dizaine de pilotes, alors qu'habituellement on se marche dessus .
On a vraiment le temps de se préparer, de manger un morceau , et de se faire un petit plan de vol. De mon côté ce sera un vol sans ambition, c'est mon retour au reliefs , les vrais. Alors oui Dormillouse est dans un coin de ma tête mais tout se fera si tout se passe bien en l'air et de savoir comment je me sentirai au moment venu sur chaque passage. Pas de précipitation, étape par étape. Les copains sont blindés mentalement , et sont fins prêts à en découdre pour un énième aller-retour, moi je ne suis pas à leur hauteur, et j'ai besoin de reprendre mes marques, et de progresser mentalement.
12h50, les premiers décollent en sud, et une petite grappe se forme. 13h, Bruno décolle à son tour et je lui emboîte le pas. Bruno file vers le sud pour tenter de rejoindre la grappe, et moi je prends un petit thermique devant le déco delta et prends une centaine de mètres et décide de filer directement vers le nord.
Oui , à ce moment là, il m'a pris une folie mais j'y crois.
Déjà au déco j'en parlais, pas besoin de faire de plein à perdre du temps si on fait pas de transition, je ne sais pas trop si ça va fonctionner, mais je tente ma chance. Sur ce passage , pas de vent , pas de dynamique, pas de thermique, et avant même d'arriver au bout, j'ai eu un gros doute, je descends pas mal sous le relief et le colle au maximum pour gratter les moindres mètres. Qqs bulles se trouvent sur mon passage, mais je ne m'attarde pas, et file vers mon objectif, les marnes grisâtres en sud juste avant les antennes.
avancer, avancer , jusqu'au bout , droit devant
encore un effort jusqu'au bout dans les marnes grisâtres
Pendant que les autres pilotes décollent et que la grappe tente le plus haut plaf possible, j'arrive enfin à mon objectif et prends un bon thermique qui me grimpe à 2540 m, soit 1000m plus haut, et tout en faisant ce plein , j'aperçois à peine les premiers pilotes partir du déco en ma direction. Je ne suis pas le premier parce qu'un autre pilote était déjà sur la crête de Lambruisse, et je vais le rejoindre rapidement.
vue en direction du déco au fond, surplombant le lac
vertical les antennes, transition vers le Charvet , au dessus de Lambruisse
vue vers le nord, montagne du Charvet ( en bas à droite) et le Cheval-Blanc en forme de Pyramide dans sa face sud au fond dans le prolongement du Charvet
Je n'entends personne en radio, que font-ils , ont-il posé ?
Ok , j'ai pris de l'avance car je sais pertinemment que je vais me faire rattraper et doubler avec leur gun . Et ça ne c'est pas fait attendre, sur le Charvet, déjà une dizaine de pilotes me rejoignent.
Mais avant ça, je pensais avancer vite et remonter au col de Séoune juste avant le Cheval-Blanc mais comme c'est sud et que je suis trop bas, je ne me suis pas senti de transiter. Donc, je fais demi-tour et reviens bien au sud du Charvet, et je remonte bien dans un bon thermique avec les autres pilotes, et j'arrive même à être au dessus de la grappe. A 2315 m, considérant que je suis au plaf, je pars seul vers le Cheval-Blanc, et ça passe bien, et je remonte en dynamique sur ses pentes jusqu'à l'ouest.
En arrivant presque au sommet du Cheval-Blanc, je vois un planeur qui enroule devant sur la Reynière ( en bas à droite sur la photo), et sans attendre je me jette sur lui et avant même d' arriver à sa verticalité j'attrape son ascendance, et monte à 2643 m, et d'autres pilotes me rejoignent et montent à leur tour.
Quand je transite vers le nord en longeant le massif, je descends à 2230 m , et me dis que c'est pas suffisant pour commencer à partir vers le Carton, et je fais demi-tour pour tenter de reprendre qqchose, et là je croise Antonin le Suisse, et William et Sébastien.
Patrice lui, a préféré partir vers le pic de Couar et passer par Pompe et la montagne de Chappe .
Philippe , malheureusement posera à Lambruisse, suite à une erreur de trajectoire.
Antonin sur le devant ouest du Cheval-Blanc
et un peu plus tard William se joint à moi
14h15, après avoir grimper à 2450 m soit 130 m, au sommet nord du Cheval-Blanc je décide de partir vers le Carton pendant que William continue le thermique sur deux, trois tours et me suit. En arrivant sur le Carton je fais qqs tours jusqu'à 2495 m et fonce en direction du Tromas où j'arriverai à 2044 m, tandis que William dans mon dos fera 2740 m, et arrivera au Tromas à 2279 m .
Sur la transition, j'aurai perdu 450 m, et William 460 m malgré le haut plaf et la performance de voile. Son seul avantage, c'est qu'il est arrivé plus haut que moi de 236 m, mais sous le Tromas .
On pourrait se poser la question de savoir si oui ou non ça vaut le coup de faire le maximum de plaf et perdre du temps pour rallier un relief à un autre. En plaine c'est vraiment évident mais aux reliefs ?
Chacun y répondra dans son fort intérieur.
Je suis tellement impressionné de mon retour dans ce massif calcaire que je l'immortalise au maximum de photos, en compagnie des copains.
Mon coeur palpite de plus en plus , dans mon cerveau ça va , je ne déconnecte pas
la crête du Carton d'où on vient et le Cheval-Blanc au fond

on arrive bien en dessous du sommet
Très impressionnant au fur et à mesure de la remontée mon coeur palpite tellement fort que je le ressens jusque dans ma tête, j'ai l'impression que tout va exploser
William me rejoint
William en contre-bas avec Sébastien ( si c'est sa voile)
William cherchant le thermique en Est
ils l'ont enfin trouvé et enroulent ensemble
William a laissé Sébastien et tente de me rejoindre
Il est 15h, je fais 2590 m et sans perdre de temps je commence à faire route vers Dormillouse et tente de rattraper le temps perdu.
A ce moment là, mon mental a déjà perdu les 3/4 de son activité, il me reste 1/4 que je vais perdre plus tard. Je commence à fatiguer non pas physiquement mais mon mental m'a bouffé toute mon énergie. Je savais que ce serait dur pour moi, mais heureusement le fait qu'il n'y ait pas bcp de vent jusque là m'a réconforté, mais la suite va être tout autre.
William, comme à son habitude, assurera le plaf jusqu'à 2710 m, puis plus loin 2745 m et poursuivra sa route mais sans aller jusqu'à Dormillouse, il préfèrera faire demi-tour en voyant Patrice lui revenir dessus pour faire le retour ensemble.
dernière vue sur mes compagnons de vol avant de les quitter
une vue sur l'Estrop au-dessus de moi
l'Aiguillette à 2610 m et Dormillouse au fond
Mon coeur va mieux et tout en expirant, respirant je me sens bien, mais depuis que j'ai quitté le Tromas, et que j'ai attaqué la longue traversée sur la Blanche en direction de Dormillouse, les conditions météo et aérologie ont vraiment changé. De rien , on est passé à 17/20 de sud, et hyper turbulent.
Je pensais avoir fait le plus dur, heureusement dans une masse d'air calme, mais là c'était une autre histoire, avec ce vent. Ma vitesse augmente très nettement et je n'ai même pas besoin d'enrouler, pour foncer tout droit vers Dormillouse et son Fort.
J'ai mis 25 min pour faire l'aller et 40 min au retour pour faire ce trajet sans enrouler et tout à l'accélérateur . J'ai même était très surpris de rattraper William, Sébastien et Patrice que je croise peu avant le Fort, et je les retrouve à nouveau sur le sud du Tromas et j'étais très content d'être à leurs cotés.
j'avance en direction du Pic de Bernardez
une vue sur la plaine en direction de Seyne-les-Alpes et Chabanon
Dormillouse en approche
enfin arrivé, mon coeur palpite de bonheur
Vous remarquerez que je suis assez loin du relief à cause du sud pour éviter de me faire appuyer et de ne plus pouvoir pénétrer. Je suis ravi d'avoir pu rallier ce foutu parcours de St André. Il m'aura fallût 13 ans depuis mon accident et 11 depuis ma reprise au vol pour reprendre ce trajet si engagé, intense, expressif.
Il ne s'agit pas que de voler avec de l'expérience, de la connaissance et de l'envie à vouloir faire les choses, encore faut-il pouvoir les faire, et je n'ai jamais pu mentalement, mon cerveau se déconnectant sans arrêt à chaque approche du caillou où que ce soit.
Je ne compte même plus les tentatives qu'il m'a fallut faire pour m'approcher des collines, des montagnes comme Digne, Moustiers, St Geniez, Laragne, la Ste Victoire.
je repars vers mon point de départ
J'aimerai m'excuser auprès de divers pilotes, ils se reconnaîtront, pour avoir refusé x fois de ne pas les avoir accompagné lors de leur invitation en solo ou en groupe, et sûrement que j'en refuserai encore, mais je tenais vraiment à prendre mon temps pour faire ce qui me semble bon pour moi, pour ma sécurité.
Plus facile à dire qu'à faire quand il ne vous ait jamais rien arrivé, la reconstruction mentale est aussi longue que la reconstruction physique et je pense qu'on est jamais guéri à 100/100.
C'est très dur de voir ce que je faisais auparavant, et ce que je fais maintenant, mais le principal c'est que je vole et que je me fais plaisir quelque soit le vol.
Ce n'est pas une question de kms ou de temps passé en l'air , c'est vraiment toute cette motivation à progresser , étape par étape , avec la mise en sécurité en premier lieu.
Et ce qui m'étonne, c'est qu'avec tout ça je progresse de plus en plus en tout et avec un matériel qui me convient.
le Pic Bernardez, vue du nord
Je continue mon cheminement sur la Blanche, et à un moment donné je me dis d'aller poser à Seyne-les-Alpes, je ne pense même plus à rentrer à St André, tellement je lutte contre le sud. Les copains enroulent tout ce qu'ils trouvent, et je les ai en visu au-dessus de moi mais encore assez loin. Mais ayant fait déjà l'aller dans de bonnes conditions, je me dis que peut-être je pourrais retrouver ces conditions calmes, alors je me décide mentalement à pousser un poil plus loin.
Mon moment de pur bonheur quand je vois pleins de chamois par-ci , par-là dans les pierriers et un énorme bouquetin avec ses énormes cornes , couché sur un piton rocheux, juste avant le Pic Bernardez. Je lui passe une cinquantaine de mètres au-dessus, lève la tête, me regarde et ne bronche même pas. Il est resté couché, en ne s'inquiétant de rien. Merci Mère nature ! 💓
Plus j'avance et plus je vois les copains, j'en reviens pas . On arrive ensemble vers le Tromas, et je suis ravi car je vais pouvoir faire ce cheminement que je ne connais pas sur cette fameuse crête à l'ouest de Prads sans me faire descendre par la brise forte. Patrice et William sont là et m'ouvre le chemin, Sébastien est derrière nous et ira poser à Prads, pour des raisons de sécurité car plus de téléphone ( batterie H.S).
sur le Tromas avec une vue sur cette fameuse crête confluente
16h20 , je suis à 2700 m , les copains sont 80 m au-dessus de moi et ensemble ou presque on va prendre cap vers le sud pour se mettre à cheval sur cette crête en laissant Prads et la Bléone sur notre gauche. Avec leur gun et accéléré , ils me déposent et vont prendre assez loin le thermique qu'ii faut.
Je ne peux pas lutter mais j'ai tjrs avec un visu pour faire le même trajet, et pendant qu''ils prennent le thermique de 2260 m à 2380 m , ils foncent en direction du Carton et Côte Longue.
Comme je le pressentais les conditions sont à nouveau calmes et raisonnables .
De mon côté, j'abandonne et ne vais pas les suivre. Vu l'heure qu'il est, pas envie de me vautrer dans un coin perdu et inhospitalier, par sécurité vu la brise et pour éviter un retour compliqué en stop.
Donc je continue ma découverte du coin, je vais passer à l'endroit même où mes compagnons ont pris le thermique mais ne vais monter que de 2030 m à 2240 m et vais profiter de ce petit gain pour m'avancer vers la Javie.
Je suis bien contré, mais je vais quand même pouvoir atteindre un belle face sud, avec un mamelon bien dégagé( sommet de Chappe au dessus de Beaujeu) , sûrement un déco dans ce coin, et le sud étant bien établi je vais remonter à 1870 m, ce qui va me permettre de m'avancer jusqu'à mon posé entre la Javie et le Brusquet .
posé confortablement devant le Blayeul
Patrice et William rentreront et boucleront le parcours en posant à St André. Bruno aura fait un vol Digne -Estrop et retour lui aussi à St André. Bravo à eux !
Une journée somme toute correcte dans l'ensemble sauf sur la Blanche, je ne peux même pas imaginer les conditions encore bien plus costauds en pleine saison, ce qui me laisse vraiment me dire de ne jamais y revoler pendant ces périodes d'été, sauf éventuellement en fin de journée voir soirée aux jours les plus longs de Juin.
J'arrive au sol complètement exténué , mon mental a tenu bon mais il m'a pris toute mon énergie, ma batterie physique est dans le rouge, il va me falloir qqs jours pour m'en remettre. Je ne pense pas pouvoir faire ce genre de vol tous les jours, va me falloir de la plaine pour me reconnecter.
Content d'avoir voler avec les copains , ce qui m'a donné une grande motivation du parcours, mais en ayant tjrs un déclic d'abandon au cas où selon les conditions que je rencontrerai.
Je ne me suis jamais senti en danger car durant les 3/4 du vol c'était plutôt faible et les thermiques généreux quand ils étaient là, mais surtout ce qui m'a réconforté c'est la masse d'air qui était très correcte , sauf sur la Blanche où il fallait être vigilant. Je suis content de moi, j'ai bien volé , mes choix, mes trajectoires, mes placements étaient les bons, ma moyenne de vol à l'aller était de 19 km/h , comme sur tout le trajet d'ailleurs, mais le but n'était pas d'aller vite mais d'apprécier le vol et de tenter que mon mental tienne le coup. Et j'ai tenu bon. Ouf !
Je ne vais pas me précipiter pour y retourner mais à voir si la météo me correspond en tout point, surtout vent faible.La reconnaissance du parcours de ce vol m' a permis de me reconnecter avec les reliefs, faudrait maintenant que j'arrive à faire le retour complètement mais je ne suis pas pressé, chaque chose en son temps.
Je crois que cette année a été une année charnière où j'ai réalisé de belles choses mais encore une fois je ne suis pas guéri, mais très heureux de pouvoir réaliser de tels vols.
Merci à Mère nature pour avoir était généreuse, en contact avec moi, et de m'avoir donné des signes de vigilance.💓
Merci à ceux qui m'ont pris en stop très rapidement, dont Lois qui malgré une voiture archi chargée, m'a quand même pris pour me ramener à ma voiture.🙏
Merci à Bruno et Philippe pour le covoiturage et la compagnie.🙏
Et merci à tous pour votre compagnie en vol, c'était bien agréable et motivant.🙏
Que du bonheur !
A bientôt !
Belles images et montage agréable. Voilà un vol où l'objectif thérapeutique semble avoir été atteint. 😜👏
RépondreSupprimerMerci Gégé
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